Mieux connaître les biais cognitifs pour corriger nos erreurs de jugement, prendre de meilleures décisions et faciliter nos relations interpersonnelles

Qu'est-ce qu'un biais cognitif ?

Un biais cognitif est une déformation de la pensée induite de façon naturelle par notre cerveau afin de simplifier la réalité et nous permettre de traiter rapidement une information.

Pour la plupart inconscients et automatiques, les biais cognitifs nous permettent de nous faire une opinion de façon intuitive avec un minimum d'informations. Ils peuvent être liés à des émotions.

Les biais cognitifs sont des raccourcis qui nous aident à résoudre les quatre grands problèmes qui se posent à nous :

  1. - Le trop plein d'informations reçu,

  2. - Le besoin de mémorisation de ce qui est le plus utile,

  3. - Le manque de temps,

  4. - Le manque de sens.

Ils sont utiles mais provoquent une distorsion de la réalité si nous n'y faisons pas attention; ainsi, notre analyse du monde, des autres et de nous-même se trouve faussée.

La diversité des biais cognitifs

Il existerait environ 250 biais cognitifs recensés par des études scientifiques et classés selon les catégories suivantes :

- Biais sensori-moteurs, induisant des illusions liées aux sens et à la motricité

- Biais d'attention, liés à l'attention

- Biais mnésiques, liés à la mémoire

- Biais de jugement, affectant la capacité de juger

- Biais de raisonnement, induisant des paradoxes dans le raisonnement

- Biais liés à la personnalité, influencés par la culture, la langue, le milieu social, etc

Personne n'est à l'abri des biais cognitifs. Il est important de prendre conscience de leur existence, car certains ont des répercussions sociales pouvant être délétères. 

L'un des plus fréquents serait le biais de confirmation : il consisterait à privilégier les informations qui viennent conforter nos croyances ou nos opinions au détriment des informations qui les contredisent. Les décisions prisent seraient alors totalement subjectives, le biais de confirmation entrainant une réticence à changer d'avis.

Un autre biais cognitif, le biais d'encrage, est un biais de jugement qui nous pousserait à nous fier à la première impression ou la première information qui arrive à nous, faisant de cette première information la référence à toutes les suivantes. Les opinions et décisions prises le seraient alors seulement en fonction de ces premières impressions.

Un biais cognitif souvent cité est le biais d'attribution causale. Ce biais nous ferait attribuer des causes internes au comportement jugé négatif d'autrui, en expliquant ce comportement par les caractéristiques propres de la personne plutôt qu'à la situation et au contexte. Cette tendance naturelle à privilégier les facteurs internes, liés à la personnalité ou au caractère, pour expliquer le comportement d'autrui impliquerait une sous-estimation du poids des facteurs situationnels et une surestimation du poids des facteurs personnels.

En prendre conscience et les reconnaitre

Naturels et communs à tous, les biais cognitifs sont difficiles à contrer. Ils peuvent alors conduire à la construction de stéréotypes et de préjugés qui ont souvent des effets néfastes dans les interactions sociales : ils simplifient de façon exagérée notre perception de la réalité et peuvent engendrer des phénomènes de discrimination.

Le meilleur moyen de tenter de s'affranchir des biais cognitifs est de prendre le temps de la réflexion dans une situation donnée, estimer avec soin les éléments influençant nos prises de décision et tenter de nous baser le plus possible sur les faits rationnels.

Deux doctorantes en psychologie ont créé une encyclopédie virtuelle dédiée à ces raccourcis de la pensée : Guide pratique des biais cognitifs. Leur travail a pour but d'apporter des pistes de réflexion pour atténuer les effets des biais cognitifs sur notre compréhension du monde qui nous entoure. Rempli de références scientifiques, leur site est une mine d'informations permettant de développer un esprit critique face aux impressions et informations qui nous parviennent.

En milieu professionnel, comme ailleurs, le contrôle des pensées et des attitudes sera facilité par la prise de conscience de l'existence de ces multiples biais cognitifs venant altérer nos jugements.

Voir le magnifique travail de synthèse des biais cognitifs : codex des biais cognitifs (adapté du travail de J. Manoogian et B. Benson).

Les biais cognitifs sont des outils, utiles dans certains certains contextes, nuisibles dans d'autres.

Il est utile de se rappeler que :

  • Nous ne voyons pas tout : nous filtrons certaines informations pourtant utiles et importantes,

  • Notre quête de sens peut faire naître des illusions et nous construisons des significations qui n'existent pas vraiment,

  • Les décisions trop rapides peuvent s'avérer erronées,

  • Notre mémoire renforce les erreurs.

Prendre du recul et conserver un esprit critique pour traiter les informations favoriseront une meilleure compréhension des diverses façons de penser et d'agir.

Dans une vidéo de formation à l'Université de Poitiers (dans le cadre du dispositif Aspie-Friendly), Patrick Chambres (Professeur en psychologie cognitive) fait référence à diverses reprises à ces biais cognitifs.

Il les illustre à l'aide d'exemples très concrets d'interactions sociales avec des étudiants autistes pouvant donner lieu à des interprétations erronées. La connaissance de ces erreurs d'interprétation dans les situations d'interactions sociales aide à dissiper les malentendus et facilite alors la mise en œuvre de réponses adaptées et bénéfiques pour tous.

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