Un monde immense
Un livre de Ed Yong (traduction de Corinne Smith)

Après la lecture de ce livre, vous n'appréhenderez plus le monde qui vous entoure de la même façon.
Chaque être vivant possède un environnement perceptif qui lui est propre. Cet environnement perceptif - ou "bulle sensorielle" - a été conceptualisé par le zoologue Jacob von Uexküll, en 1909, par la notion d'Umwelt.
Dans un même environnement physique, les êtres vivants qui l'occupent peuvent posséder des Umwelten totalement différents, bien que possédant les mêmes sens.
Les êtres humains ont tendance à faire preuve d'un anthropomorphisme débridé leur faisant interpréter les actions et réactions des autres êtres vivants sans prendre en compte la diversité de leurs Umwelten : nous interprétons ainsi l'organisation des vies animales du point de vue de nos sens plutôt que des leurs, sans saisir réellement que notre propre Umwelt demeure limité et dans l'ignorance de l'existence d'autres sens tels que l'écholocalisation, l'électro-toucher, la magnétoréception ou l'organe voméronasal.
Les limites de nos propres sens nous confrontent à notre incapacité à nous mettre à la place de l'autre.
Au fil de son livre, Ed Yong nous immerge dans une multitude d'Umwelten et nous fait prendre conscience de notre méprise quotidienne dans la compréhension du monde qui nous entoure : le vol d'une mouche par exemple nous paraît totalement erratique alors qu'il est en fait guidé par d'infimes variations de températures de l'air qui l'alertent sur des seuils à ne pas dépasser pour sa survie, mais que nous sommes nous-mêmes incapables de détecter ni-même de concevoir.
La découverte de ce "monde immense" - dont une grande part demeure insoupçonnée et secrète à nos propres sens - nous rend plus humble : même si nous sommes incapables de savoir ce que "cela fait" d'être un coléoptère, une pieuvre ou une chauve-souris, nous devons interagir avec tous les autres êtres vivants de façon harmonieuse et respectueuse.
Cette compréhension de l'existence d'une multitude d'Umwelten, à mille lieues du nôtre, doit également nous alerter sur notre incompréhension d'Umwelten plus proches. Comme l'écrit Florent Kohler dans son livre "Les sociétés animales" (2025) : "À ceux qui se demanderaient si la joie ou la tristesse d'un chien est qualitativement la même que la nôtre, on pourrait retourner la question : "Et qui me dit que votre joie est qualitativement la même que la mienne ?". Ainsi, pour ne pas "tomber" dans l'anthropomorphisme, il faudrait également, selon notre logique, s'abstenir d'un "égomorphisme" qui consisterait à penser que l'émotion de mon interlocuteur serait identique à la mienne."
"Un monde immense, Comment les animaux perçoivent le monde. Éditions Les Liens qui Libèrent, 2023.
